La pointe des renards : historique

La carte de situation de la pointeL'ORIGINE DU NOM... Sans nul doute cette péninsule avancée dans la mer entre les grèves de Portez, et du Bilou tire son nom de l'abondance des renards qui hantaient jusqu'à une époque très récente la lande d'épine noire et d'ajoncs qui la recouvrait..

L'appellation "Les Renards" pour les têtes de roches qui la prolongent en mer n'est pas d'origine, sur les cartes anciennes elles sont dénommées "Mulets"..

Renards ou Mulets elles furent aux cours des siècles le théâtre de nombreux naufrages, l'un des dernier fut en 1974 celui du palangrier douarneniste "Dahut".

Mais peut-être sans tenir compte des goupils proliférant sur le haut de la pointe, les marins ont-ils nommé ces roches invisibles à haute mer, et sournoises au jusant, « Renards », par analogie avec le caractère de l’animal du roman.

Le site de l'ancienne batterie de VaubanLA BATTERIE DE TOUL A LOUARN Sous l'ancien régime, cette terre relevait en partie de la seigneurie du Bilou (de Kersulguen), et en partie de celle de Rochdurant (de Poulpiquet). Pas de construction notable ne s'y élevait avant le milieu du XVIIIe siècle. On note seulement à l'extrémité de la pointe une batterie créée ou restaurée par Vauban en 1688 et dont le gardien en 1730 était un nommé Jacques Labbé dit Lajoye, par ailleurs sonneur de cloches à Lochrist.

En 1757-58, la défense côtière est réorganisée le long des côtes de Bretagne. En même temps que le magasin général du Cosquies, des bâtiments neufs sont construits pour toutes les batteries du Conquet et de Ploumoguer. La nouvelle batterie des Renards est armée de quatre pièces de 18, elle dispose d'un bâtiment pour loger les soldats et d'un magasin à poudres. L'air salin et le mauvais entretien général font qu'à l'inspection de 1777, deux canons sur quatre sont notés hors d'usage.

LA BATTERIE SOUS LA REVOLUTION Lorsque les commissaires militaires de la Révolution font un état des lieux en 1791, ils constatent que seul un canon est capable de tirer, que le magasin renferme 50 boulets et deux barils de poudre de 50 livres chacun, mais, comme cette poudre est là depuis 14 ans, on peut avoir des doutes sur sa qualité.. Par contre le corps de garde est en bon état.

1793, les menaces anglaises ont conduit les autorités à remettre d'urgence les batteries en alerte permanente. Dans un rapport au commandant de l'arrondissement de Saint-Renan, Le Dissez-Kerbabu, on lit que la batterie des Renards est tenue par 14 canonniers et un gardien. Les soldes mensuelles sont de 40 livres pour le gardien, 16 livres pour un canonnier. Un peu plus tard, l'effectif passe à 16 hommes qui servent par groupes de quatre.

Le socle du mât des signauxMENACES ANGLAISES PENDANT LE 1er EMPIRE A l'époque du blocus de Brest par les vaisseaux anglais, le port du Conquet abrite des canonnières et des péniches garde-côtes (sortes de grandes chaloupes rapides à deux ou trois mâts). Sur la pointe des Renards est dressé un grand mât servi par un gardien des signaux. Il sert à la transmission d'ordres par pavillons à la garde-côtes et aux convois qui tentent de ravitailler Brest.

Le socle de ce mât, plate-forme circulaire en dalles de schiste existe toujours, intact (comme le montre la photo ci-dessus), dans le jardin d’une résidence privée, de l’ancien centre radiomaritime.

La maison des renardsDECLASSEMENT DES BATTERIES En 1860, les batteries côtières déclassées par l'Inspection Militaire en 1857, sont mises en vente par l'administration des Domaines. Les bâtiments sont achetés par des particuliers qui les transforment en maisons d'habitation. Stéphane Mallarmé séjourne au Conquet

En 1873, Stéphane Mallarmé viendra passer un mois "en location" dans la maison des Renards, pour y écrire une partie des poèmes destinés au "Tombeau de Théophile Gautier". "...Je ne fais d'autre imprudence écrivait-il à sa femme restée à Paris, que d'abuser du homard, parce qu'il n'y a absolument que cela dans ce pauvre pays, où le poisson lui-même sert à amorçer les engins de pêche d'écrevisses (langoustes ou homards)..."

L'année 1890, madame veuve Jayet de Jercourt, fait reconstruire sur l'emplacement du corps de garde, une maison avec écurie et remise, dite maison de Toul al Louarn. Quelques années plus tard, le propriétaire en est Victor Trischler, dont le père fut entrepreneur de fortifications et l'auteur en 1843 d'un projet audacieux (non retenu) de pont sur la Penfeld entre Recouvrance et Brest.

LE POSTE ELECTRO-SEMAPHORIQUE En 1861, l'Etat prend la décision de construire une ligne de postes électro-sémaphoriques pour remplacer l'ancien système de signaux Chappe devenu obsolète. 44 postes sont édifiés dans le deuxième arrondissement dont Créach'meur, Saint-Mathieu, Les Renards, Corsen...

Un électro-sémaphore a en fait deux fonctions: un rôle de communication avec les navires à l'aide du mât à pavillons, et un rôle de bureau télégraphique pour la transmission des messages reçus des bateaux et l'acheminement des télégrammes privés déposés au guichet du sémaphore par des usagers à destination des bureaux télégraphique du réseau terrestre français..

Ne pratiquant pas le Morse avant 1866, les guetteurs sémaphoristes utilisaient à l'émission et à la réception des appareils "Breguet" à cadrans, ce qui obligeait le premier bureau récepteur de l'administration des télégraphe à reprendre le texte en Morse pour l'acheminer vers sa destination à travers le réseau national . Plus tard les guetteurs se mirent au Morse et le service y gagna en rapidité.

FERMETURE DU POSTE DES RENARDS Ouvert en 1862, le poste des Renards sera fermé en 1881, en même temps que Le Minou.. mais restera entretenu pour une réouverture éventuelle.

Le rapport d'inspection annuelle de 1895 indique que le mât commercial est toujours en place mais serait à rehaubanner, le reste du gréement avec les parties supérieures de la mâture, plus les roues, ailes, disques et chaînes sont à l'abri à l'intérieur du bâtiment mais se dégradent. Les huisseries, planchers, toiture de la maison sont à refaire...

Le sémaphore mis en vente 5 000F en 1899 est acquis par un nommé Fernand Ferron qui le transforme en une coquette maison où il s'installe en 1901.

L'OCCUPATION ALLEMANDE 1940-44 L'armée allemande investit Le Conquet le 19 juin 1940, les maisons de la pointe des Renards sont immédiatement réquisitionnées, celle de Toul ar Louarn, propriété de monsieur Roeland et l'ancien sémaphore devenu "manoir du Cruguel", appartenant à monsieur Kersaudy, habitation de 10 pièces et dépendances, close de murs, pour une superficie totale de 25 000 m² ..

L'installation de DCA, radars, gonios, projecteurs, canons et blockhaus, conduit à partir de 1943 les Allemands à faire table rase de tout point de repère identifiable par les aviateurs anglais.

La maison des renards détruites par les allemandsLa maison Roeland est détruite le 25 mars 1943, une casemate abritant deux canons côtiers la remplacera, le bâtiment Kersaudy, sur ordre de la Feldkommandantur 752 subira le même sort quelques jours plus tard.

 

LA LIBERATION Mi-juin 1944, les alliés lancent des raids aériens contre les défenses avancées de Brest.. le samedi 17 à 6h de l'après-midi les avions anglais attaquent la pointe des Renards en piqué et lancent plusieurs bombes. En soirée et dans la nuit ils reviendront bombarder à nouveau. … Fin juin, juillet, août.. l'avance américaine depuis le débarquement en Normandie est très lente.. Fin août la Task Force S piétine à 15 kilomètres du Conquet. L'offensive générale contre les défenses allemandes de la poche du Conquet ne débutera que le 8 et 9 septembre. A midi, le 9 septembre, le 2e et le 5e Rangers de la 29e D.I américaine pénètrent au Conquet... en milieu d'après-midi leurs chars tirent sur la pointe des Renards qui se défend toujours avec des canons et des mortiers. Après une préparation d'artillerie et un raid aérien les Rangers donnent l'assaut, à 18 heures les Allemands cessent le feu et se rendent. La capitulation allemande des garnisons du Conquet ne surviendra que le 10 septembre dans l'après-midi après la reddition des défenseurs de la presqu'île de Kermorvan.

VERS UNE STATION RADIOMARITIME 1947/48, l'administration des Postes et Télégraphes qui exploitait à Ouessant avant-guerre une station radiotélégraphique pour communiquer avec les navires en mer cherche un site sur le continent, en bordure de côte, pour y établir une station de radiotéléphonie. C'est dans un shelter de camion, ancienne ambulance anglaise que seront installés les deux premiers opérateurs, en 1948.

La station Radio-Conquet en 1952Deux cabanes construites peu après amélioreront le confort des pionniers de la radiotéléphonie et, en 1950 sortira de terre le centre radiomaritime des PTT connu des marins sous le nom "Radio-Conquet" qui regroupera (septembre 1951), la radiotéléphonie et la radiotélégraphie (Morse) provisoirement hébergée depuis la Libération, à Gouesnou (près de Brest), dans un ancien centre de communications allemand.

Un opérateur radio en 1954«RADIO-CONQUET» Durant cinquante ans, Radio-Conquet sera le lien avec les navires, cumulant la sécurité de la vie humaine en mer, le service commercial d’échange de télégrammes et de communications téléphoniques entre les marins et leurs armateurs, leurs familles… Après la disparition de la radiotélégraphie « Morse » en 1997, le passage au XXIe siècle a entraîné avec le développement des communications par satellite et celui du téléphone portable, la fermeture de Radio-Conquet, dernier centre radiomaritime français en activité, c’était le 28 février 2000.

crédits pour toutes les photos © J-P CLOCHON

Sources :

Archives mairie du Conquet.
Archives Marine Nationale Brest (Atlas des bâtiments militaires).
Archives nationales série 3JJ, sémaphores.
Le Conquet garnison du bout du monde, F. Olier (B.S.A.F 1986).
J-P CLOCHON La pointe des Renards ..Bulletin communal Janvier 1990.
Le Conquet dans la guerre 1939-45 (J-P CLOCHON et collectif, musée du Conquet 1994).
L’Histoire du Radiomaritime à la Pointe de Bretagne (J-P CLOCHON, inédit).

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